Utiliser le TBI implique des changements dans la façon de travailler, certes, mais les supports de base ne sont pas forcément différents. Il s’agit surtout de savoir quels sont les avantages et les inconvénients de cet outil, par rapport aux méthodes bien rodés utilisés pour intégrer des séquences vidéo ou des images dans un cours de langues.
Les professeurs de langue utilisent depuis bien longtemps des extraits de film en cours, bien avant l’existence des vidéoprojecteurs. Mais cela m’a toujours embêté de montrer les vidéos sur un petit téléviseur dans le coin de la salle, alors que bon nombre de nos trentaine d’élèves ne peuvent qu’à peine voir ce qui s’y passe, encore moins lire les soutitres. Utiliser un vidéoprojecteur (même sans le TBI) procure de nombreux avantages, tels que la taille de l’image et la possibilité avec les DVD de mettre à la fois la piste son et les soutitres en langue cible.
Notons en passant que, bien que des interprétations récentes des lois sur le droit d’auteur nous interdiraient d’utiliser des extraits de films sur DVD en classe, il existe une parade : ces deux films et des milliers d’autres titres sont disponibles sur le site de l’ADAV, qui s’est occupé de l’acquisition des droits nécessaires à la diffusion en classe.
- Vous pouvez manipuler le logiciel de vidéo, par exemple en le mettant sur pause, en faisant marche arrière, etc, tout en vous tenant devant la classe au lieu d’être recroquevillé derrière l’ordinateur.
- Vous pouvez écrire directement sur l’image vidéo en pause, par exemple pour faire des flèches et du vocabulaire, pour identifier ou décrire les personnages, ou pour leur donner des bulles de paroles.
- Vous pouvez basculer entre le film et une page blanche où vous pouvez noter les commentaires et explications produits par les élèves, ou vous pouvez basculer vers n’importe quel autre logiciel susceptible d’apporter un intérêt d’appoint : une présentation powerpoint, un schéma d’Inspiration, un exercice HotPot, une page web ou autre.
- Les élèves peuvent venir au tableau pour piloter ces logiciels ou noter des idées à votre place.
- Si votre TBI dispose d’une ardoise sans fil, vous pouvez le faire circuler dans la salle pour que les élèves écrivent directement au tableau sans prendre le temps de les faire déplacer.
1) Dans cet exemple, avec une classe de première qui a travaillé sur un extrait du début du film de Carl Franklin, Devil in a Blue Dress (1995), je leur ai demandé de présenter le film et j’ai noté leur production orale, en corrigeant le cas échéant pour qu’ils gardent une trace corrigée dans leur cahier. Si je n’avais pas disposé d’un TBI, il aurait fallu effacer au fur et à mesure à chaque fois que je voulais revoir le film, sans pouvoir revenir en arrière sur les phrases produites, ou bien alors projeter sur une autre surface dans la salle, ce qui n’est pas très souvent possible. Avec le TBI j’ai pu basculer entre le film et les commentaires des élèves à volonté, en écrivant de temps en temps directement sur l’image projeté.
2) Ce deuxième exemple propose une analyse grammaticale qui faisait suite à une leçon précédente sur l’extinction des grenouilles. Si vous agrandissez l’image vous verrez à gauche la manière que nous avons développé ce point de grammaire ("want to do" et "want sb to do") sur la base de phrases produites par les élèves en visionnant l’extrait du film.
3) Ce troisième exemple, avec une classe de terminale, nous avons fait suite à deux leçons précédentes sur le portrait de personnage et sur les hypothèses. Si vous agrandissez l’image, vous verrez sur la gauche plusieurs écrans où les élèves ont posé des questions sur des mots de vocabulaire utilisés dans l’extrait. La possibilité d’organiser des écrans de tableau blanc multiples fait partie de la palette d’outils proposée par le logiciel "E-Beam Interact" de Luidia, et sans doute par d’autres fabriquants de TBI.
Comme moi, vous avez sans doute passé des années à projeter des images sur transparents avec le rétroprojecteur. Des photos, des tableaux et des caricatures constituent un support très intéressant pour faire parler les élèves et mobiliser leurs connaissances dans la langue cible, sans devoir s’arrêter sur chaque mot ou chaque phrase. Les avantages liés à l’utilisation du TBI sont globalement les mêmes que ceux cités plus haut. J’ajouterais que, par rapport aux images sur transparents projetés au rétroprojecteur, les images sont plus nettes, plus facile à voir, moins cher (le coût des transparents en couleur n’est pas négligeable) et vous pouvez facilement zoomer sur l’image pour mettre en valeur tel ou tel élément.
4) Dans ce quatrième exemple vous me voyez écrire sur une page web où est imbriquée une image d’écran de présentation powerpoint sur la description qui contient lui-même un commentaire écrit avec les outils du TBI. Le logiciel "E-Beam Interact" comporte une palette d’outils contextuelle spécifique pour les présentations powerpoint qui permet d’enregistrer les annotations directement dans le fichier powerpoint. C’est très utile, bien qu’il faille se rappeler d’enregistrer une version sans commentaires avant de commencer à le modifier ! Cela m’a permis de distribuer par le réseau de l’établissement des fichiers powerpoint annotés et corrigés dans l’espace personnelle de chaque élève.
Vous avez peut-être remarqué dans cette image (prise à la conférence EduCorsica en avril 2008) la surface de projection employé : un simple mur, et en plus un mur qui n’est pas blanc, mais un orange assez foncé. A ma grande surprise, la qualité de l’image n’était presque pas diminuée. L’adaptabilité du TBI E-Beam sur tout support murale m’a vraiment surprise.
Je pourrais montrer beaucoup d’exemples similaires de l’annotation d’images, mais ce qui compte c’est l’apport spécifique de l’outil TBI :
- commenter directement sur l’image (ou sur la page web, ou sur tout autre support) ;
- enregistrer ces annotations, revenir dessus et distribuer ces fichiers aux élèves ;
- basculer d’un support ou d’un logiciel à un autre avec un simple click avec le stylet ;
- tout en se tenant devant la classe au lieu de se cacher derrière un ordinateur au fond de la salle.
Certes, à l’occasion il peut y avoir quelques inconvénients :
- l’ordinateur ou l’un des logiciels peut se planter ;
- avec un matériel mobile comme le E-Beam, il faut quand même tout mettre en place, ce qui prend 5 bonnes minutes en début de l’heure ;
- selon la disposition de la salle, le fait d’écrire au tableau jette de l’ombre au tableau, et il faut apprendre à se tenir sur le côté ; et
- utiliser certaines ressources demande du temps de préparation supplémentaire de la part du professeur.
Néanmoins, je suis convaincu que le TBI apporte beaucoup de bénéfices à l’enseignement des langues, malgré les réserves de l’étude britannique d’il y a quelques années. Certes, l’apport spécifique de l’utilisation du TBI est peut-être difficile à quantifier en termes de statistiques de réussite aux examens ; mais on pourrait en dire autant de n’importe quel outil ou méthode d’enseignement. Tout dépend de ce que l’on fait avec cet outil, et il est clair que de nombreuses pratiques restent à découvrir.
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